Du transsexualisme comme trouble mental à l’incongruence de genre comme problème de santé sexuelle

La onzième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a introduit un nouveau chapitre dédié aux conditions relatives à la santé sexuelle (« conditions related to sexual health »). À cette occasion, le transsexualisme répertorié dans la CIM-9 comme une perversion sexuelle, et dans la CIM-10 comme un trouble de l’identité sexuelle, a été sorti du chapitre des troubles mentaux, pour intégrer ce nouveau chapitre et être requalifié en incongruence de genre. Ce changement tant taxinomique que nosographique fait suite à la mise en retrait du terme « transsexualisme » dans la troisième révision du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III) et à l’évolution des troubles de l’identité de genre vers la dysphorie de genre dans le DSM-5.

Beaucoup a déjà été dit sur les influences qu’exerce l’évolution des normes sociales et des mœurs sur ces classifications internationales. L’approche biopolitique met ainsi en évidence les rapports du pouvoir au savoir et l’influence du premier sur la constitution du second, en même temps que le rôle du second dans l’exercice du premier. Toutefois cette approche n’épuise pas celle des questions internes aux champs médical et psychiatrique en tant que champs de savoirs. La requalification du transsexualisme et son déplacement des troubles mentaux vers les problèmes de santé sexuelle dans la CIM, tandis que par ailleurs la dysphorie de genre est maintenue dans une classification des troubles mentaux établie par des psychiatres, soulèvent de multiples questions épistémologiques et d’histoire des sciences. Ce sont ces questions que la présente communication souhaite souligner.

Bibliographie succinte :

Programme de la journée-rencontre de l’ASCLIF