Thèse de doctorat

Depuis la rentrée universitaire 2014-2015, je prépare une thèse de philosophie au sein de l’école doctorale Cultures et Sociétés de l’Université Paris-Est, sous la direction de Roberto Poma. Je suis rattaché à l’unité de recherche Lettres, Idées, Savoirs (LIS – EA 4395) de l’Université Paris Est – Créteil (UPEC).

Titre de mon projet de thèse : « Genèse et usages du concept de santé sexuelle. Médicalisation de la sexualité, du pathologique au normal. Étude d’épistémologie historique, XIXe – XXIe siècles ».

Descriptif de la thèse :

Français

Le concept de santé sexuelle a été institutionnalisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans les années 1970, alors que s’accroissaient les controverses entre la psychanalyse et le cognitivo-comportementalisme. La seconde définition de travail qu’en a proposé l’OMS au début des années 2000 a entériné l’approche cognitivo-comportementale articulée à l’utilitarisme en l’inscrivant résolument dans la suite de son concept de santé comme état de bien-être. Ce concept mêle ainsi une dimension épistémologique à une dimension morale et sociale.

Ce travail de recherche se propose d’éclairer les usages contemporains du concept de santé sexuelle, en en retraçant d’abord la genèse, qui précède de loin son institutionnalisation par l’OMS. Nous remontons ainsi au XIXe siècle, alors que la santé désigne principalement l’absence de maladies. La méthode d’épistémologie historique et le travail sur les textes de l’époque dans le champ médical anglo-américain et dans celui du continent européen permet à la fois : 1) de resituer le concept de santé sexuelle dans une histoire plus longue que celle qui la fait habituellement débuter après la Deuxième Guerre mondiale ; 2) d’enrichir l’historiographie de la sexologie, pour laquelle le concept de santé sexuelle est devenu majeur au XXIe siècle ; 3) d’éclairer les rapports du normal et du pathologique qui sont en jeu dans le concept de santé sexuelle et dans les controverses entre la psychodynamique et le cognitivo-comportementalisme ; 4) d’interroger l’idée selon laquelle les usages contemporains de ce concept participeraient de la médicalisation de la sexualité.

S’il est courant de mettre en question les concepts du champ médical et de celui de la santé, en particulier ceux touchant la sexualité, à partir d’un regard social qui met en évidence leur dimension normative et de biopouvoir, le présent travail se propose d’étudier le concept de santé sexuelle d’un point de vue épistémologique, c’est-à-dire en menant une analyse interne aux champs dans lesquels le concept a été forgé et déployé. Sans contester la pertinence de l’abord socio-politique, le choix méthodologique qui fait droit à sa rationalité interne permet de mieux souligner ce qu’il peut y avoir d’irréductiblement normatif dans le concept de santé sexuelle.

Anglais

The concept of sexual health was institutionalized by the World Health Organization (WHO) in the 1970s, when controversies between psychoanalysis and cognitive behav-iorism were growing. The second working definition proposed by the WHO in the early 2000s endorsed the cognitive-behavioural approach articulated to utilitarianism by firmly embedding it in line with its concept of health as a state of well-being. This concept thus combines an epistemological dimension with a moral and social dimension.

This research work aims to enlighten the contemporary uses of the concept of sexual health, by first tracing its genesis, which far precedes its institutionalization by the WHO. Thus we go back to the 19th century, when health refers mainly to the absence of disease. The method of historical epistemology and the work on the texts of the time in the Anglo-American medical field and in the one of the European continent allow at the same time: 1) to situate the concept of sexual health in a longer history than the one which usually begins after the Second World War; 2) to enrich the historiography of sexology, for which the concept of sexual health has become major in the 21st century; 3) to enlighten the relationships between the normal and the pathological that are involved in the concept of sexual health and in the controversies between psychoanalysis and cognitive behaviourism; 4) to question the idea that contemporary uses of this concept would contribute to the medicalization of sexuality.

While it is common to question the concepts of the medical and health fields, in particular those relating to sexuality, from a social perspective that highlights their normative and biopower dimensions, this work aims to study the concept of sexual health from an epistemological point of view, that is, by conducting an internal analysis of the fields in which the concept has been forged and deployed. Without contesting the relevance of the socio-political approach, the methodological choice that takes its internal rationality into account makes it possible to better emphasize what can be irreducibly normative in the concept of sexual health.

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